Lorraine     
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Depuis leur mariage, Léon et Jeanne habitaient au troisième étage, au-dessus du café de Gustave TAITE, et ils envisageaient avec joie la naissance de leur premier enfant prévu pour septembre 1921. Nous étions en juillet. Les habitants de Hayange, comme tous les Lorrains, étaient encore sous la joie de la libération de la Lorraine, ils profitaient pleinement de la vie et se réunissaient à la moindre occasion de s’amuser.

Au programme des réjouissances de cette époque il y avait le passage d’un grand cirque international et tout le monde se faisait une joie d’assister à ses représentations. C’est pourquoi Léon et Jeanne dînèrent rapidement et se préparèrent à sortir pour aller au cirque, quand Jeanne ressentit de fortes douleurs abdominales et il s’avéra vite qu’elle était en train de mettre au monde son bébé. On envoya vite quelqu’un pour ramener la sage-femme mais cette dernière jugea plus prudent de s’adjoindre un médecin, car elle pensa qu’après seulement 7 mois de gestation le bébé aurait besoin de soins immédiats. Et c’est le mercredi 27 juillet 1921 à 22 heures, qu’un tout petit garçon, tout décharné, ayant juste la force de pleurer, et pesant à peine 1500 grammes, vit le jour à domicile au 3° étage du 82 Mal Foch, à Hayange. Au vu de ce petit bonhomme fragile, le médecin ne laissa que peu d’espoir aux parents en leur disant qu’il était trop frêle de constitution pour tenir le coup et qu’il lui faudrait beaucoup de soins et d’attentions pour le tirer d’affaires !

Jeanne THEIS et Jean en septembre 1921

Jean THEIS à 8 mois en mars 1922

J’ai reçu les prénoms de Jean ; Marie ; Gustave. C’est Gustave TAITE, mon grand-père, qui a été mon parrain et Hortense THEIS ma marraine. A propos, elle, la Française de cœur, elle a retrouvé sa terre française… Son mari Jean-Pierre a quand même eu la joie de me prendre dans ses bras car hélas un infarctus devait l’emporter en novembre 1921. Il avait 68 ans.

Toujours à Hayange, trois ans plus tard, c’est la naissance de mon frère André, le  2 mai 1924. L’année suivante nous quittons Hayange et rejoignons la marraine à Knutange.

Le déménagement à Knutange était nécessaire pour nous rapprocher de la marraine qui restait seule pour s’occuper de son café restaurant. Nous avons élu domicile dans l’appartement de l’épicerie qui avait été désaffectée. Et c’est là, rue de la Paix, qu’est né Joseph, le dernier petit frère, le 15 février 1926. Il faisait très froid et papa qui avait tant voulu une fille, se fit féliciter et consoler par des amis et des clients du café et il s’en est allé à la Mairie, un peu éméché, pour déclarer la naissance d’une fille Marie Joseph…

 

C’est à peu près à cette époque que le café de Hayange fut mis en régence et c’est la famille Roustan qui en eut la charge. Mon grand-père Gustave TAITE et sa femme s’installèrent au deuxième étage. Sur la porte de la salle à manger, transformée en bureau, il y avait une grande plaque de cuivre, avec en intitulé « Gustave Taite – Homme d’affaires »… je vois encore sur sa table de bureau deux livres rouges l’un était « La Loi » et l’autre le « Code Civil ». il achetait tout ce qui était revendable : maisons, terrains, mobiliers anciens… et il revendait le tout. ça marchait et il ne se privait de rien.

Au premier étage, au-dessus du café, il y avait un couple de juifs qui faisaient commerce de tissus, les Behrmann, et au troisième étage, là où je suis né, l’appartement était occupé par un jeune couple avec un garçon. Ils s’appelaient MESMIN…

André TAITE, le frère de Jeanne, s’était marié avec une charmante alsacienne, Claire EBELMANN, qu’il eut le malheur de perdre après la naissance d’une fille Andrée, le 13 juillet 1926.

Gustave TAITE

    Jean THEIS en 1923

A cette époque j’allais déjà à l’école des filles comme on disait : c’était l’école maternelle. Je vois encore les petites bûchettes avec lesquelles on apprenait à compter, et l’ardoise, avec sa craie spéciale, sur laquelle on s’appliquait à faire des barres, des ronds et les lettres de l’alphabet. en 1927, j’entrai dans l’école des grands. . C’est notre oncle François BERNARD qui en était le Directeur, et c’est déjà Monsieur Stirn, l’instituteur qui me prit sous sa coupe jusqu’en 1933. Ce monsieur Stirn était un excellent maître. Il était de religion protestante et obligé de se soumettre aux lois en vigueur en Alsace-Lorraine où, toujours sous le régime du Concordat, les écoles n’étaient pas laïques mais assujetties à certaines règles de l’église. Dans chaque classe il y avait un crucifix au-dessus de la chaire du maître, qui tous les matins nous faisait réciter une prière et nous enseignait ce qu’on appelait l’Histoire Sainte. Mais ce brave homme avait eu un autre mérite c’est de nous avoir, très tôt, initiés au solfège et au chant choral, et nous nous y exercions au moins deux fois par semaine. J’avais à l’époque une très jolie voix et ai été longtemps premier ténor de la classe.

A partir de 1929, nous résidions au-dessus du café, et son exploitation était assurée par mes parents et la marraine. Les activités étaient nombreuses. Il y avait la restauration pour quelques habitués, des représentants de commerce en général, et dans la salle du café trônait un immense billard français qui avait permis l’organisation de plusieurs concours régionaux. Derrière le café il y avait une très grande salle dite de « bal ». de grands bals de sociétés y étaient organisés et cette salle pouvait se transformer en salle de spectacles et plusieurs pièces de théâtre y furent représentées, et j’ai même participé comme jeune acteur. Entre autres spectacles il y eut un jour tout un groupe de musiciens, chanteurs et danseurs tsiganes qui vint montrer ses talents. Comme papa avait conservé les notions de langue slave qu’il avait acquises pendant la guerre en Russie, il réussit, après marchandage, à acquérir un des violons du groupe, violon qu’un des musiciens utilisait avec beaucoup de brio. C’était un alto, d’une forte et puissante résonance, et j’ y ai vu au fond de sa caisse, une étiquette portant une date 1868.

Ce violon m’était destiné, et… il m’en a fait baver ! ! ! J’ai eu d’abord comme maître un chef d’orchestre régional, mais il avait un très fort penchant pour la bouteille et il a été vite remplacé par Mr Padovani, un autre chef d’orchestre. Il ne ménageait pas les coups de baguettes sur les doigts, mais je lui dois d’avoir réussi mes études de violon et il a été mon maître es musique jusqu’à Thionville.

 Sûrement j’ai beaucoup, beaucoup de souvenirs de Knutange, des bons et des mauvais…

Dans les années 1930 1931, pour surveiller le café et ses annexes, nous avions un gros chien, Boby, pas un berger allemand, une sorte de labrador, une bête très forte au poil noir, qui était gentille, mais… un jour, José, 6 ans, jouait avec lui, je crois qu’il était à cheval sur la bête qui acceptait d’habitude cette façon de faire, mais avait horreur qu’on lui tire les oreilles. C’est sans doute ce que José a fait et… crac, le chien s’est retrouvé la mâchoire ouverte, agrippant l’avant bras au passage. Résultat des pleurs et du sang partout. comme il y avait une belle déchirure à l’intérieur de l’avant bras et que notre José persistait à dire qu’il était tombé sur des tessons, on a fait venir le Dr Peiffert qui s’est évertué vainement à rechercher des débris de verre dans l’avant bras… Ce n’est que bien plus tard, à la suite de je ne sais quelle dispute entre nous, les 3 frères, qu’on a su la vérité et que c’était le chien qui l’avait mordu ! Et si le chien avait eu la rage ?

Knutange 1931, devant le café THEIS

Léon THEIS, Joseph 5 ans, André 7 ans, Jean 10 ans et Jeanne THEIS née TAITE

Les dimanches à la Grand’Messe le matin et après midi ces interminables vêpres… Les très longues processions de la Fête Dieu, des Rogations, du 15 Août et que sais-je encore… Et aussi les bagarres entre gosses de « ceux d’en bas » et « ceux d’en haut » du village… Les ravages de champs de pomme de terre dont on ne prenait que les pommes, par dessous sans toucher aux fanes, et qu’on faisait cuire sous les braises, sur la côte… Mes mauvaises notes d’école et les raclées qui en découlaient… De ce point de vue là, j’ai été servi, merci…

Si bien qu’en 1933, jugeant notre scolarité de Knutange trop « primaire », papa décida de quitter le café qui fut mis en gérance, et d’aller à Thionville, où, au lycée, ses enfants pourraient poursuivre des études plus approfondies. Il faut dire aussi que maman avait encore eu de gros problèmes de santé. Le milieu enfumé du café l’avait fait rechuter et lui déclencha des bronchites chroniques qui la génèrent toute sa vie. Elle avait fait déjà un séjour dans un sana dans les Vosges et plus tard dans une maison de repos à Antibes.

La fréquentation du lycée Charlemagne (quelle idée il a eu celui-là) ne fut pas couronné des succès escomptés par nos parents, surtout pour moi… j’étais un gros flemmard, et en plus, souvent malade avec des bronchites à répétitions, comme ma maman. Je continuais quand même mes leçons et exercice de violon sous la férule d’une dame qui était pianiste… je commençais à bien me défendre avec cet instrument, et je continuais aussi mes chants à la Chapelle du lycée.

J’étais très en retard, et ma 3ème terminée, j’ai annoncé à mon père, en serrant les fesses, que j’aimerais être mécanicien dans l’aviation et aller à l’école de Rochefort-sur-Mer. Bien sûr, j’aurais préféré être pilote mais je voyais bien que mon état de santé ne m’aurait pas permis d’y arriver. Je dois dire que j’avais été attiré très tôt par ce genre d’activité. Tout petit, je devais avoir 6 ans, j’avais vu à Hayange, un cousin aviateur, qui avait un bras en écharpe, blessé au cour de la guerre du Rif, au Maroc et pour moi c’était un Héros. Mais surtout un aviateur. Et puis aussi, pour récompenser les enfants sages, à l’issu de notre première communion, le curé de Knutange avait organisé un voyage au terrain d’aviation de Thionville, à Basse-Yutz…

Aussi, au cours de mon année sabbatique, pour la préparation de mon entrée à l’Ecole de Rochefort, j’étais allé plusieurs fois admirer les planeurs qui évoluaient sur le terrain. L’armée avait quittée cet aérodrome. Et même mes parents m’avaient payé, les cours théoriques et pratiques pour apprendre à piloter un planeur. Et c’est là que pour mes 17 ans j’ai eu mon baptême de l’air sur un planeur, un engin qu’on appelait la poutre… Oh, c’était un saut de puce… Tracté par une voiture et décollage à un bout de piste pour se poser à l’autre bout… C’était le paradis.

Deux ans avant, mon grand père Gustave Taite, était emporté par une hémorragie cérébrale et mourrait en septembre 1935 à 60 ans.

L’année suivante tout le monde est allé en vacances à Grenoble, où nous avons été hébergés par les Ailloud, qui depuis leur mariage avaient eu trois enfants : Simone née en 1923, Janine née en 1927 et Paul – dit Poulou - né en 1933. Pour la première fois, les Theis allaient à Theys.